Pour le sain redéveloppement de Griffintown.

4 03 2008

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Démolir pour mieux bâtir

29 01 2008

Je ne suis pas une fan du bulldozer. En fait, j’aime l’histoire. Mon histoire. Celle de Montréal notamment. J’aime les vieux édifices et je suis éternellement reconnaissante aux leaders qui m’ont précédés et qui ont eu la vision, le leadership et l’intelligence de ne pas raser des quartiers entiers (ouais, bon, ça s’est quand même fait trop souvent, malheureusement) et qui ont su préserver notre, mon, votre, patrimoine. Merci à Jean Doré notamment pour avoir eu la génie de déterrer le Canal Lachine!

Il y a ces temps-ci le controversé projet du “Village Griffintown” qui est dans l’air. Et là, y’a un espèce de mini-Griffintown pour le centre du centre-ville afin de transformer le quadrilatère St-Laurent/Ste-Catherine/René-Lévesque/Clark en “îlôt de commerce responsable”

Et paraît que la Ville a *FINALEMENT* émis un permis de démolition pour le Spectrum pour le 29 février. Je dis finalement parce que ça devait être démoli à la mi-août dernier…

Et pendant ce temps, deux superbes buildings, le Blumenthals et le Wilder sont vides, non-chauffés et pourrissent en silence…





Pour ou contre la création d’un nouveau quartier montréalais

11 01 2008

Village Griffintown

Faut que je vous dise, je suis devenue, avec les dernières années, une groupie de Griffintown. D’une part parce qu’en tant qu’exploratrice urbaine, ce quartier oublié est de l’or en barre. C’est sans l’ombre d’un doute là qu’on y retrouve la plus large concentration d’endroits abandonnés de la région et on y retrouve une diversité d’endroits fascinante. Un vieux pont (Black Bridge), un tunnel qui accueillait à l’origine les tramways, une des brasseries les plus célèbres du Québec (et la bière officielle d’Expo 67!), une vieille écurie presque intacte, une tour de contrôle du traffic ferroviaire et encore plusieurs autres éléments. Même une ancienne fabrique de cerises dans le chocolat maintenant convertie en condos. Y’a de tout dans Griffintown.

Ce quartier présentement presque abandonné est plein de potentiel. Ça pourrait être le prochain Plateau. Le méga-immense centre de tri de Poste Canada est fermé depuis un bon bout de temps et, selon les dernières informations, la grosse bâtisse bleue laide sera démolie et les terrains seront décontaminés. Ça veut dire qu’on, nous, la population, retrouvera tout le pan du quartier qui donne sur le Canal Lachine - une sacrée opportunité de redévelopper ce joyau de l’histoire montréalaise qu’est le Canal Lachine.

Alors qu’on redéveloppe Griffintown, c’est une excellente nouvelle. Par contre, qu’on rase un quartier aux éléments historiques incontestables pour y construire des bâtiments qui ne respectent pratiquement aucun critère du plan d’urbanisme de la Ville de Montréal (notamment par rapport à la hauteur maximum des édifices, question de ne pas bloquer la vue du Mont-Royal et les proportions montréalaises de design urbain), j’aime pas ça. Qu’on fasse disparaître des rues, certaines parmis les plus vieilles de Montréal, j’aime pas ça non plus. Et y’a des trucs que je ne comprends pas. Par exemple, je lis dans les médias que le promoteur veut mettre en valeur les ruines de l’Église Ste-Anne. Quelles ruines? Le Parc Faubourg-Ste-Anne actuelle est un espace vert en triangle dont la plus grande qualité est d’être situé à côté d’un parc à chien.

Et ce n’est qu’un préjugé, j’en conviens, mais de savoir que le promoteur du “Village Griffintown” est le promoteur derrière le “Quartier (sic) Dix30″ ne me rassure pas du tout. Alors d’apprendre que le Conseil du Patrimoine de Montréal rejette assez sévèrement le projet pour une pléiade de raisons toutes plus valables les unes que les autres à mes yeux, c’est la lumière rouge finale dont j’avais besoin pour me convaincre que ce n’est pas un bon projet ou du moins, pas le projet qu’il nous (la population de Montréal) faut pour Griffintown, pour revitaliser le quartier à long terme et pour le faire renaître.

En prime, la ville qui refuse de tenir des consultations publiques, alors là, ça devient encore plus louche…

Mais au-delà de tout ça, il demeure à mon avis une grande question centrale : à qui revient la responsabilité de développer un quartier entier? À un seul et unique promoteur privé? À la ville? Aux trois palliers de gouvernement ensemble de façon conjointe?

Parce que là, il est question de donner les clés d’un quartier complet (un quartier qui pourrait même remplacer une partie du centre-ville de Montréal avec ses grands magasins et sa salle de spectacle de 3 000 places, ses deux hôtels et son immense stationnement souterrain) à un promoteur privé. Est-ce que c’est ce qu’on veut? Est-ce que c’est responsable? Plusieurs municipalités ont confié dans les années 1990 les clés de coins reculés et non-développés de leur municipalité à des promoteurs privés et je ne peux honnêtement pas nommé un seul exemple où le résultat fut impressionnant.

Parce que pour qu’un quartier soit aimé, pour qu’il soit adopté par ses citoyens, il faut que les citoyens s’identifient à leur quartier. Et pour la très grande majorité des gens, cette identification, ce sentiment d’appartenance, passe par les souvenirs et l’histoire. Pouvoir dire que sa mère a grandie ici, que notre première blonde ou chum restait là, qu’ici était notre tout premier dépanneur qui nous vendait des framboises à une cenne, qu’on est allé à l’école là, que notre premier appartement était dans cet immeuble, que c’est ici que nos arrière-arrière-grands-parents ont habités en premier quand ils ont immigré au Canada en provenance de l’Irlande et ainsi de suite.

Or, si on rase tout le Griffintown existant (ou presque) pour construire des grosses tours à condos neuves et sans histoire, en y important des citoyens sans garder une masse critique de “gens de la place”, comment et à quoi les gens s’identifieront-ils? Quels liens auront-ils avec leur “Village Griffintown”?

Encore plus impressionnant est le commentaire que j’ai lu dans La Presse à l’effet que le projet n’incluerait aucune école, aucun CLSC ou aucun autre service pourtant essentiel à la vie de quartier. Comment attirer des jeunes familles s’il n’y a pas d’école aux alentours?

Et encore BEAUCOUP plus inquiétant les apparences de copinage, ou du moins de bizarres coïncidences, chez le promoteur Devimco. Selon Henry Aubin de The Gazette, pleins de lignes de trains légers seraient construites (une excellente chose) avec un arrêt à Griffintown. Une ligne s’étendrait même de Brossard jusqu’au centre-ville - avec arrêt à Griffintown - et le terminal à Brossard serait situé directement dans le projet Dix30, l’autre projet de Devimco. Est-ce que je comprends que le gouvernement utiliserait des fonds publics pour relier deux projets d’un même promoteur privé? C’est pas grave mais avouez que c’est quand même bizarre, non?

Bizarre aussi que toutes ces nouvelles lignes nécessiteront donc de nouveaux trains et de nouveaux wagons. Équipement pour lequel Bombardier aura fort probablement le contrat de construction. Jusque là, ça va. Le CEO et Bombardier est Laurent Beaudoin. Sa famille (selon The Gazette) est un des investisseurs majeurs de Devimco, dont les projets Dix30 et “Village Griffintown” se retrouveraient directement et stratégiquement situé sur les trajectoires des nouveaux trajets ferroviaires.

Me suivez-vous? Je ne dis pas que c’est un problème mais je dis simplement que devant tout ceci, le rejet du Conseil du Patrimoine de Montréal, les nombreuses questions sans réponses et les coïncidences méritent au moins des audiences publiques.

S’il y a bien une certitude dans la vie, c’est que la vie suivra toujours son cours, peu importe qu’on l’organise ou non. Quand le projet de casino-Cirque du Soleil a été rejetté pour Griffintown, certains ont crié à la fin du monde en annonçant qu’aucun autre projet important ne viendrait jamais pour le quartier. Et pourtant, moins de deux ans plus tard, nous sommes en train de discuter de méga projet de Devimco. Oui mais si on dit non à Devimco? Et bien je ne connais pas le futur mais s’il y a un tel potentiel de faire du cash (parce que soyons clair, Devimco ne développe pas Griffintown par charité humaine), d’autres promoteurs se pointeront avec d’autres projets, c’est tout.

Parce qu’il ne faut surtout pas oublier que Montréal n’appartient pas à un groupe immobilier ni à une administration municipale. Montréal appartient aux Montréalais. Pas à ceux qui payent des taxes mais bien plutôt à ceux qui l’habitent et qui la font vivre. Ceux qui la transforment, la rénovent, y promènent leur chien, y vont à l’école, y font du vélos et y passent leur vie.

Au bout du compte, c’est aux Montréalais de décider de ce qu’ils veulent comme ville et comme quartiers. Ce n’est ni à un maire, ni à un roitelet d’arrondissement, ni à un promoteur privé (dont les dirigeants n’habiteront pas, de toute façon, le quartier que leur propre compagnie aura créé - il ne faut pas l’oublier!) de décider.

Ah j’ai oublié - lecture obligatoire pour tous les Montréalais et les autres que ça intéresse - le rapport (10 pages) du Conseil du Patrimoine de Montréal.