Hier, mon premier ministre m’a dit, en tant que citoyennes, via une motion adoptée à l’unanimité par les élus de l’Assemblée nationale, que le crucifix à l’Assemblée nationale fait partie de ma culture.
Ah bon. News to me. Jamais le crucifix de l’Assemblée nationale n’a jamais fait partie de ma culture ou de mon héritage. Le crucifix a fait partie de la culture et de l’héritage de mes grands-parents, en effet. Et ils sont morts, enterrés et décomposés. Mais ma culture à moi? Non. Du tout. Il m’énerve ce crucifix en fait. Me fait réagir comme un vampire. Il me fait montrer les dents.
Tout ce que j’ai entendu hier avec le rapport Bouchard-Taylor me donne l’impression d’être de moins en moins Québécoise en fait. Ce que je retrouve dans ce rapport (et l’adoption de la motion pour sauver le crucifix) n’a rien à voir avec moi, avec ma culture, mon héritage et mes valeurs. Rien de rien.
Ma vie à moi, n’a pas de frontière et n’a pas d’étiquette. Ma vie est fluide en fait. Et ce n’est pas nouveau, rien de me hérissait plus le poil à l’université que quand le professeur passait le premier cours à demander aux gens de se présenter et de dire d’où ils viennent. Non mais on s’en fout d’où ils viennent. La vraie question, c’est où vont-ils? En 2008, les origines n’ont plus aucune importance et la planète est toute petite.
Ma vie est remplie d’amis de partout sur la planète. Et qu’est-ce que ça change? Rien, justement. ce soir, je vais souper chez un Français qui a déménagé au Québec il y a quelques années. Samedi dernier, j’ai présenté un documentaire dans lequel je suis avec des amis Écossais et Français. le lendemain, je buvais un scotch Benromach (directement d’Écosse) avec un copain Français qui a déjà vécu en Inde. Samedi d’avant, j’ai été été danser la samba avec deux Brésiliennes qui vivent maintenant à Montréal. Pis? Pis rien. C’est des gens sympathiques, c’est tout.
Y’a des gens bien et y’a des gens cons partout, ça n’a pas rapport avec nos origines françaises d’amérique du nord francophone canadienne française (comme dans Elvis Gratton).
Et comparer le crucifix de l’Assemblée à la croix du Mont-Royal, c’est ridicule. La croix fait partie de l’histoire de Montréal parce qu’elle souligne la fondation de la ville (Maisonneuve a dit : “Seigneur, si vous épargnez les habitants de cette colonie et si l’eau se retire sans causer plus de dommages au fortin, j’irai planter une croix au sommet du Mont-Royal”) et parce que la croix actuelle a illuminé la ville depuis des lunes. C’est tout. Est-ce que j’y vois un symbole de la religion? Non. J’y vois un symbole urbain, c’est tout. Est-ce que je vois un symbole urbain dans le crucifix de l’Assemblée nationale? Non. Je ne vois pas de symbole du tout en fait dans ce crucifix. Sinon un symbole de manque de courage politique de sortir ce truc de là, ce qui aurait dû être fait il y a 40 ans déjà.
Ceci étant dit, il faut que les Québécois s’ouvrent davantage. Oui. Ils faut qu’ils arrêtent d’avoir peur et ils faut qu’ils commencent à vivre. Arrêter de pointer votre voisin (en disant que c’est un importé qui envois ses enfants à l’école anglaise) et invitez-le donc à souper.
Parce de toutes les discussions que j’ai eu avec mes amis du monde (Français, Anglais, Écossais, Belges, Africains, you name it), c’est toujours la même chose qui revient. Toujours. Les Québécois, sont ben gentils, ils veulent connaître notre pays et ils s’intéressent. Mais ensuite, jamais, ils ne nous intègrent. Jamais ils ne nous invitent à leurs BBQs et à leur dîners. Jamais ils ne nous invitent à leur party de Noël. Bref, une petite gentillesse polie mais rarement plus.
Bref, quand mon gouvernement me dit que son crucifix fait partie de ma culture et de mon héritage, je me sens de plus en plus étrangère en mon pays et de moins en moins Québécoise d’origine franco-canadienne d’amérique du nord française, française, du Canada français, du Québec… Zzz Zzz Zzz