Québecor, Crocs et TQS : différent combat?

24 04 2008

C’est triste que Remstar flushe tout son service de nouvelles. Plus de 200 emplois. Très triste. Mais en même temps, c’est un peu le système que l’on s’est donné collectivement. On s’est donné un système capitaliste et dans les dernières décennies, nous, la société, via nos politiciens, que nous, la société, avons élus, avons décidé de se doter d’un système ubercapitaliste. C’est-à-dire prôner la privatisation (d’Air Canada, de Via Rail et de pleins d’autres sociétés d’états et de services divers) et encourager un désengagement de l’état en favorisant l’autorégulation des marchés.

Qu’on soit pour ou contre ce mouvement, faut être honnête avec nous-mêmes : nous avons CHOISI en toute conscience d’élire des politiciens qui prônaient le néoconservatisme et l’ubercapitalisme. Jamais ce ne fut une surprise et, tous partis confondus, nous avons souvent reporté au pouvoir des gouvernements qui avaient fait des coupures, libéraux, conservateurs et PQ inclus.

Aujourd’hui, on récolte le fruit de ces décisions prises depuis 20, 25 ans. Ce que ça donne? Ça donne un an de grève au Journal de Québec dont tout le monde (sauf les médias) semble se foutre royalement malheureusement. Si les gens mettaient de la pression, ça se serait réglé il y a 11 mois. Et ça donne que Remstar décide qu’ils ne veulent plus de service de nouvelles à TQS.

Pourquoi je parle de ça? J’en parle parce que même si je suis généralement quelqu’un de gauche, j’ai trouvé ça perturbant de voir Jean Charest et tous les élus québécois déchirer leurs chemises en s’opposant à la décision de Remstar, tout en ne faisant rien du tout dans le dossier du Journal de Québec.

Après tout, les deux sont des entreprises privées qui opèrent de façon indépendante de l’état. Les deux sont des médias qui relèvent, en terme de règles du CRTC, un organisme 200% fédéral au sein duquel le Québec n’a rien à dire.

Si j’étais journaliste au Journal de Québec, je serai en beau maudit que mes élus ne fassent rien depuis un an pour m’aider mais sautent à pieds joints sur le cas de TQS moins de deux heures après l’annonce de la fin de l’information en adoptant une motion unanime. Pourquoi eux et pas moi?

On ne peut pas tout avoir bordel et faut assumer nos choix de société. Comme on ne peut pas élire un gouvernement conservateur au fédéral et s’attendre à ce qu’il nationalise les ressources et défende la veuve et l’orphelin, les pauvres et les démunis, les femmes et les homosexuels.

Là, nous avons élu un gouvernement conservateur qui, on l’a bien vu depuis leur arrivée au pouvoir, juge que le CRTC est une irritation fatiguante et que le marché devrait s’autogérer tout seul. Le gouvernement Harper a déjà à plusieurs reprises questionné ou tout simplement ignoré des décisions du CRTC. Et là quoi? Vous pensez que soudainement, Harper va devenir un grand social-démocrate et qu’il va mettre des bâtons dans les roues de Remstar.

Come on people, c’est pas sérieux. Faut assumer nos choix de société. Nous avons collectivement élu le gouvernement de Harper. Voilà.

Et nous avons décidé, en tant que société, de privilégier le secteur privé et de moins en moins s’en mêler. Et là, vous n’êtes pas d’accord avec les conséquences de ça? Vous êtes pas d’accord que les empires prennent des décisions business comme fermer une usine de Crocs, un service de nouvelles et jouer au dur avec un syndicat de journalistes?

Et bien je suis désolée, fallait y penser avant de se donner les valeurs de société que nous avons adoptées. Et si effectivement vous voulez plutôt mettre l’accent sur les valeurs sociales, l’entraide et tout le kit, faudrait arrêter de déchirer votre chemise et commencer à voter en conséquence. C’est plate, mais c’est ça.

Voter à droite en espérant que la gauche dirige, ça relève de la pensée magique.